Carnets de lecture : des articles à lire dans la revue nord-américaine Sankofa

(volume 7, novembre 2008)

Par Viviana Quiñones

Illustration extraite du livre Aya de Yopougon.

Quelques suggestions de lectures glanées dans le volume n°7 (2008) de la revue américaine Sankofa, revue consacrée aux livres sur l’Afrique publiés en Amérique du Nord, et à la littérature africaine publiée dans les pays africains eux-mêmes, notamment anglophones.

Image de la femme et littérature pour la jeunesse

On lira avec beaucoup d’intérêt l’article de Kodjo Attikpoé (Togo), chercheur à l’université de Francfort, consacré à « La représentation des filles dans la littérature d’Afrique francophone ».L’auteur étudie la question à travers dix livres, dont on trouvera la bibliographie complète et parfaitement référencée à la fin de son article, montrant des personnages féminins dans des situations variées : servantes ou esclaves domestiques (Une vie de bonne de Flore Azoumé ; Yèmi ou le miracle de l’amour de Adélaïde Fassinou ; Kaïvi, l’enfant placée de Béatrice Lalinon Gbado) ; futures épouses (Un mariage forcé de Doumby-Fakoly ; La Blessurede Fatou Fanny Cissé) ; jeunes filles soumises à un destin malheureux (Halimatou de Abdoua Kanta ; La Fillede Neene Sira de Fatou Ndiaye Sow ; Awa la petite marchande de Nafissatou Niang Diallo) ; ou encore, artisanes de la paix (Je veux la lune de Hansomwin Ignace Hien ; Et si nous écoutions nos enfants de Flore Azoumé). Si ces jeunes filles doivent endurer injustices et malheurs, elles ne s’avouent pas pour autant vaincues. Bien au contraire, elles sont présentées comme des héroïnes, et les fins heureuses montrent que la marginalisation des filles n’est pas une fatalité : c’est une littérature qui veut redéfinir le statut des femmes et se bat pour leur cause.

Une littérature à forte portée sociale

Un autre article porte sur trois nouvelles de l’écrivain zimbabwéen Memory Chirere qui dépeignent la vie difficile des enfants dans le Zimbabwe des années quatre-vingt-dix, éclairant et annonçant la situation complexe de ce pays aujourd’hui (injustice sociale, marginalisation…).

L’article de Virginia Dikè, « Grandir à la dure : le vécu de jeunes garçons dans le Nigéria actuel », propose l’étude de trois romans nigérians récents qui mettent en scène des adolescents aux prises avec des situations extrêmement difficiles. Deux de ces romans (pour adultes) ont été traduits en français : Graceland de Chris Albani (Albin Michel, 2008) et Bêtes sans patrie de Uzodinma Iweala (L’Olivier, 2008).

Également dans ce numéro, l’analyse de deux autres romans, Dancing in the dust et The Mending Season de Kagiso Lesego Molope (Sud-africaine vivant au Canada), qui évoquent la vie des jeunes filles noires à l’époque de l’Apartheid.

Littératures de la diaspora

La rubrique « Littératures de la diaspora » signale le roman de Philip Pullman, The Broken Bridge, où une adolescente britannique, de mère haïtienne, se retrouve confrontée à des questions d’identité culturelle. Un autre article porte sur L’Histoire du Docteur Dolittle de Hugh Lofting, écrit en 1920 (plus réédité en France depuis 1979) et sur l’édition corrigée en 1988 où racisme et colonialisme perdurent néanmoins…

Livres primés en 2008

Enfin, la revue se clôt sur la rubrique « Children’s Africana Book Awards », qui présente les prix décernés, chaque année, à des livres sur l’Afrique disponibles aux États-Unis : les livres récompensés en 2008 ont été publiés pour la majorité d’entre eux, aux États-Unis, mais aussi au Canada, en Grande-Bretagne, en France (un livre !), mais pas en Afrique… En 2008, les deux lauréats sont :

Catégorie jeunes lecteurs

Ikenna goes to Nigeriade Ifeoma Onyefulu (Londres, Frances Lincoln). Photographe nigériane installée à Londres, Ifeoma Onyefulu est l’auteur d’une douzaine de très beaux albums pour enfants, illustrés de ses propres photos dont aucun n’est traduit en français (www.ifeomaonyefulu.co.uk).

Catégorie lecteurs confirmés

Aya de Yopougonde Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. Le succès continue pour cette bande dessinée que nous avons régulièrement plébiscitée dans Takam Tikou (voir la critique du tome 4 de la série dans la Bibliographie Afrique). Publiée à l’origine chez Gallimard Jeunesse, trois volumes sur quatre sont aujourd’hui traduits en anglais par les éditions Drawn and Quaterly, à Montréal.